Depuis quelques mois, associations et médias alertent : l’hexane, solvant chimique utilisé dans l’agroalimentaire, se retrouve dans nos aliments… y compris dans les laits infantiles. Utilisé pour extraire les huiles végétales (colza, tournesol, soja) et dans l’alimentation animale, l’hexane est neurotoxique, suspecté de perturber le système hormonal et d’affecter la fertilité. Ce « facilitateur industriel » n’a aucun rôle dans la qualité ou le goût des aliments finis, et sa présence reste invisible pour le consommateur.
Pourquoi l’hexane est-il utilisé ?
- Autorisé par la directive européenne 2009/32, qui encadre les solvants d’extraction dans l’alimentation.
- Facilite la production d’huiles végétales et d’ingrédients alimentaires.
- Aucune fonction dans le produit final : ni goût, ni conservation.
– L’identifier sur l’étiquette ?
- Impossible.
- L’hexane est un « auxiliaire technologique », pas un additif.
- Les fabricants ne sont donc pas obligés de le mentionner.
– Alternatives à l’hexane
- Éco-extraction : 2-méthyloxolane, d’origine renouvelable (moins rentable)
- CO₂ supercritique : extraction adaptée aux huiles ou composés lipophiles à forte valeur ajoutée
- Extraction mécanique : sans solvant mais plus énergivore
Ces méthodes réduisent les risques pour le consommateur et les travailleurs, dont l’exposition professionnelle est reconnue dangereuse depuis 1970.
Où se cache l’hexane dans notre alimentation ?
– Produits concernés
- Huiles végétales : colza, tournesol
- Produits laitiers : beurre, lait (y compris infantile)
- Viande et alimentation animale : poulet, tourteaux
Une sénatrice a interrogé le gouvernement fin 2025 sur le manque de données scientifiques concernant l’ingestion d’hexane. Les limites maximales de résidus n’ont pas été clairement établies depuis 1996. L’EFSA reconnaît l’insuffisance des données dans un avis publié en septembre 2024.
– Résultats des analyses
- Greenpeace : sur 56 produits testés, 36 contenaient des résidus d’hexane.
- Problème : le laboratoire n’était pas accrédité → résultats à prendre avec prudence.
- UFC Que Choisir : 3 séries de tests accrédités → seuls 2 produits positifs (une huile de Chine, une huile de colza bio).
– Contamination indirecte via l’alimentation animale
- Les animaux nourris avec des tourteaux contaminés transmettent l’hexane dans leurs produits : œufs, lait, beurre, viande.
- Environ 1/3 des aliments les plus consommés en France sont concernés.
Analyse scientifique et réglementaire
- La sensibilité des tests et la contamination possible sur les sites de production posent problème.
- Aucune valeur toxicologique de référence pour l’ingestion humaine n’existe.
- La réglementation impose des limites de résidus, reconnaissant implicitement le risque.
- L’affaire a été révélée dès 2022 par un concurrent de fabrication de solvants.
Chiffres clés à retenir
- 36/56 produits testés par Greenpeace contenaient de l’hexane
- 1/3 des aliments les plus consommés en France peuvent être contaminés indirectement
- 530 « auxiliaires technologiques » sont autorisés sans être mentionnés sur les étiquettes
Conclusion : quelle alimentation voulons-nous ?
- La sortie progressive de l’hexane et des solvants toxiques dépendra de l’engagement industriel et de politiques publiques adaptées.
- L’EFSA prévoit une étude complète pour 2027 afin de réévaluer l’ensemble des données.
- L’hexane n’est qu’un exemple parmi de nombreux auxiliaires invisibles : solvants, agents de démoulage, enzymes…
- L’effet cocktail avec pesticides, additifs et polluants de l’eau ou des emballages reste un enjeu majeur pour la santé publique.
En somme, face à l’hexane et aux autres substances invisibles : voulons-nous des produits ultra-transformés ou des aliments naturels et transparents ?




