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La Poste – Le crash du courrier

Face à la dégringolade des volumes à convoyer, la Poste a de plus en plus de mal à supporter son activité courrier. À l’avenir, les lettres voyageront de plus en plus lentement tandis que l’État est appelé à l’aide pour combler le déficit de 1,3 milliard d’euros que ce service historique génère.

 

Cela fait maintenant plusieurs années que l’activité courrier, historique, plombe le moral de la Poste. Avec le développement du numérique, les volumes de lettres transportés baissent de manière sensible, année après année. En 2020, la crise sanitaire a accentué le phénomène : -18 %, un record. Résultat : la branche courrier a enregistré un déficit de 1,3 milliard d’euros. C’est pourquoi l’État va une nouvelle fois se porter financièrement à son secours !

6 jours sur 7, partout en France

La Poste assure le service universel du courrier, défini par une directive européenne de 1997. À ce titre, elle distribue et relève les lettres en tout point du territoire, 6 jours sur 7. Une mission qui lui coûte de plus en plus cher au regard de la chute du trafic. Lettres qui mettent un temps fou à arriver ou qui se perdent, tournées parfois sacrifiées, services annexes ‒ par exemple la réexpédition du courrier sur son lieu de vacances ‒ défaillants : la qualité de la prestation courrier se dégrade comme l’attestent les nombreuses plaintes reçues par Que Choisir. Comme si elle était désormais devenue insupportable pour la Poste !

Cette dernière n’a cependant aucun scrupule à augmenter fortement le prix de son timbre. En 2019, le timbre rouge, le timbre prioritaire qui promet un acheminement en 24 heures (J +1), était à 1,05 €. L’année suivante, il passait à 1,16 € (+10,5 %). Depuis le 1er janvier, il est à 1,28 € (+10,3 %). Pour mémoire, il était de 58 centimes en 2010, il a donc plus que doublé en une décennie. Même évolution pour le timbre vert (J +2), passé de 0,86 € (2019) à 1,06 € en 2021.

Prix du timbre : un symbole fort !

Certes, cela ne grève pas fondamentalement le pouvoir d’achat des Français : en moyenne, en 2020, chacun d’eux n’a expédié que 5 lettres prioritaires. Mais le prix du timbre est un peu comme celui de la baguette : hautement symbolique. Chacune de ses augmentations est largement commentée et critiquée.

La Poste a évidemment compris depuis bien longtemps que son avenir ne passait pas par le courrier. Elle mise désormais sur le transport des colis – en plein boom – et, surtout, sur son activité banque/assurance à travers la Banque postale.

Malgré tout, l’opérateur doit continuer à maintenir en vie son activité courrier au titre du service universel. Dans la perfusion, l’État va injecter 500 millions d’euros pour l’exercice 2021, sous réserve que la Commission européenne donne son feu vert. Mais diminuer les dépenses va en revanche être compliqué. Le Premier ministre, Jean Castex, n’a pas souhaité que l’on réduise le réseau des 17 000 points contacts de la Poste ni que l’on touche aux tournées 6 jours sur 7.

Un délai J +3 en vue

Pour limiter les frais de logistique engendrés par l’acheminement des lettres en J +1 ou J +2, la Poste est contrainte d’actionner un autre levier, celui du temps d’acheminement des plis. Elle planche sur une nouvelle offre à J +3 qui serait mise en place en 2023.

D’ici là, les timbres rouge et vert devraient être fortement augmentés. Pour que le J +3 devienne la norme ! Il va falloir s’habituer à ce qu’une lettre mette la moitié d’une semaine pour arriver, même à 10 kilomètres de chez soi.